Interview du Coordonnateur National, Monsieur Adrien NGO’O BITOMO, au journal de 13 heures, le 15 juillet 2020, sur le poste national de la CRTV.

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Adrian Ngo’o Bitomo
Adrian Ngo’o Bitomo

L’après COVID – 19: opportunité pour le secteur Agropastoral

Bonjour M. SARDI LAWAN et merci de l’opportunité que vous m’offrez de donner un point de vue sur le foisonnement d’idées qui anime l’opinion sur l’Après COVID 19.

Avec votre permission, je souhaiterais m’exprimer pas uniquement comme Coordonnateur National du Programme Agropoles mais aussi et surtout comme Ingénieur Agronome, avec de nombreuses années d’expérience sur le terrain. Expérience accumulée en région, dans les services centraux mais également en Cabinet. Ce long parcours m’a permis de vivre, voir, suivre un certain nombre d’initiatives et de projets.

Toute pandémie, toute épizootie tout comme la nuit, quelque soit sa longueur, finit par trouver une fin ; celle à virus Corona trouvera un jour sa fin.

La pandémie à virus CORONA, pour la nommer, fait des ravages au plan sanitaire mais aussi et surtout au plan familial à travers cette histoire de distanciation pas seulement physique mais aussi et surtout sociale. La chaleur humaine, les contacts fréquents au sein d’une famille en sont à prendre un coup sérieux. L’autre face de la médaille pour nous Agronomes est que le COVID 19 est également perçu comme une réelle opportunité de décollage ou de résilience économique.

Tenez, il y’a plus de trois mois, les derniers vols internationaux ; pour ceux qui ne font pas avec DHL et autres moyens de transport express ; ont déposé sur notre sol certains produits de luxe (foie gras, vins et spiritueux, beurre de table, fromage, etc.). Il y’en a qui en sont à redouter une pénurie du blé. Le citoyen lambda n’en est pas mort, il n’en souffre qu’au niveau du palais (goût). Il a au contraire revu ses habitudes alimentaires pour dorénavant consommer local. C’est le lieu de revenir ou faire intervenir les farines locales dans la panification.

Avec la fermeture des frontières internationales y compris au niveau régionales, du fait de la pandémie, la nourriture abonde sur les étales, nous avons entre autres :

  • le cas du poulet parti de 3 000 F pour être proposé à 1800/2000 F ;
  • la tomate dont le cageot de 6000 F est proposé à 1500 F ;
  • l’ananas dont les prix du fruit partent de 50 F ;
  • le gombo qui est quasiment jeté à la poubelle en fin de journée ;
  • l’avocat dont on peut enfin localement apprécier l’épaisseur de la chair ;

J’ai parlé de protéines animales, de fruits et légumes mais aussi de féculents (manioc, patate, plantain, riz, maïs, sorgho, mil, etc.), bref de denrées nécessaires pour une ration alimentaire équilibrée. Le dénominateur commun malheureusement à tous ces produits c’est que ce sont des denrées hautement périssables, des denrées saisonnières qui abondent à certains moments de l’année, dont la nécessité de rallonger la durée de vie s’impose. Ce processus peut s’opérer à travers la transformation des produits, ce qui induira également la création de richesses et d’emplois.

Nous parlons de l’après COVID comme une opportunité pour le secteur agropastoral et halieutique, c’est maintenant plus que jamais qu’il faut s’en inquiéter, c’est maintenant qu’il convient de prendre la DECISION de ce que sera notre tissu agroindustriel. L’Etat a le devoir d’apporter des appuis publics dans ce secteur hautement stratégique, c’est maintenant ou jamais.

Les footballeurs mènent au quotidien la réflexion sur la reprise des activités après la pandémie ; mais vont-ils aller au stade affamés ? Allons-nous importer ce que nous savons produire lors du CHAN et de la CAN! Les produits locaux abondent mais pour combien de temps ? Les agriculteurs pourront-ils tenir longtemps avec les pertes prévisibles et l’endettement supposé de certains auprès des tontines et autres établissements de crédit ? La réponse est simple, NON car comme tout investissement, il convient de penser à sa rentabilité.

Alors, comment, où, quand, avec qui produire davantage ce que la pandémie nous a pour certain, contraint à consommer ?

En donnant le privilège pour chaque spéculation d’être abondamment produite là où les potentialités agro climatiques lui offre des avantages comparatifs indéniables. C’est le cas du riz, dans l’Extrême Nord, le Nord et le Nord-ouest ; le maïs dans le Centre, l’Est, ou le Noun ; le sorgho/mil dans l’Adamaoua ; la pomme de terre sur les hautes terres de l’Ouest, du Nord-ouest et de l’Adamaoua ; le manioc et le plantain dans la zone forestière, etc.

C’est le lieu de parler des expériences en demi-teinte de transformation de la tomate dans le Noun qui nous éviteraient le spectacle vécu le long de la route de l’Ouest où des monticules de tomate en putréfaction sont visibles. Pourquoi continuer l’importation des doubles et triples concentrés de tomates que l’on vient seulement empaqueter localement et passer pour des agroindustriels ? Comment encourager des initiatives locales de découpe de la volaille à l’exemple de Dr KUMFA à Bomono dans la banlieue de Douala ? Comment créer une économie locale autour de la mangue à Nyamboya dans l’Adamaoua en y faisant des jus et autres boissons ? Ceci vaut également pour l’ananas dans le Mungo et la Mefou et Afamba.

   Il conviendrait de le relever à grands traits, les agriculteurs dans cette mécanique, jouer franc jeu en livrant pour l’essentiel et selon des contrats préalablement approuvés et signés d’accord partie, leurs productions à l’usine plus tôt que de rechercher des marchés plus rémunérateurs après avoir été appuyés dans la plantation, par les pouvoirs publics ou par les agroindustriels.

Pour sa part, le Programme Agropoles avec les moyens qui lui sont alloués, entreprend déjà des actions dans le cadre de l’après COVID-19 et pour ce faire, il vient de réceptionner en provenance de Chine, 5 micro-unités de fabrication d’aliment flottant pour le poisson ; l’aliment et l’alevin étant les deux principales contraintes à la pisciculture. Il entend également dans un avenir très proche, relancer ses activités d’embouche bovine dans l’Adamaoua.

       Je vous remercie.

Monsieur Adrien NGO’O BITOMO

Coordonnateur national du Programme Agropoles

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