Agropole de production de la viande bovine de Banyo : une révolution en marche !

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Troupeau de bœuf de Monsieur BALA à la recherche du pâturage

Lorsqu’on entame la monté de la falaise en passant par la ville de Bankim, et  la chefferie de 2ème degré de Nyamboya, la première curiosité sur le chemin est la présence très remarquée des troupeaux de bœufs qui avancent sous le contrôle d’au moins un berger.  Ce schéma se reproduit à une fréquence moyenne de deux kilomètres jusqu’à la ville de Banyo. Pour comprendre ce phénomène, il faut faire un tour dans les traditions orales relatives à l’histoire du territoire de Ngaoundéré.

La prospérité de leur élevage à travers la recherche du nouveau pâturage fut la première motivation de l’installation des Foulbés Vollarbe à Ngaoundéré

Le département du Mayo Banyo, terre d’élevage par excellence, est l’un des plus grands bassins de production de la viande bovine au Cameroun. Cette spécificité est la résultante d’un processus historique à plusieurs rebondissements. Les traditions orales relatives à l’histoire du territoire de Ngaoundéré, transcrites par E. Mohammadou (1978), insistent sur les objectifs uniquement pastoraux des premiers Foulbés venus s’établir sur le plateau. Etant à la recherche du bon pâturage et  des sources natronées (carbonate de sodium hydraté), ce sont leurs vaches qui les ont pratiquement « amenés » sur le plateau : « Na’i ngaddi Ardo Njobdi ga’en, naa laamu » (ce sont les vaches qui ont fait Ardo Njobdi venir ici, non la quête du pouvoir). Les animaux ont tellement prospéré sur le plateau que les bergers ont sollicité l’autorisation de s’y installer. Quelques années plus tard, les propriétaires des troupeaux les rejoignent à leur tour. Ces installations se font avec l’accord des Mboum autochtones, en choisissant les meilleurs pâturages et en s’éparpillant. Il s’agit d’une infiltration pacifique, processus fréquent d’avancée de pasteurs en contrée nouvelle. De simples pasteurs, les premiers Foulbés de l’Adamaoua sont devenus des aristocrates qui mènent un double genre de vie.

Utilisé comme présent dans les procédures diplomatiques pour établir de bonne relation ou comme preuve d’allégeance, le bétail était un puissant instrument de pression lors des conflits. Refuser les bœufs et les renvoyer équivalait ici à une déclaration de guerre. Si les populations non soumises risquaient la captivité et l’esclavage, les Foulbés, quant à eux, étaient menacés de perdre leurs animaux. La possession d’un cheptel important de bétail est donc considérée pour ces Peuls comme un signe de puissance.

Depuis l’or, la région de l’Adamaoua et plus spécifiquement le département du Mayo Banyo est devenu un pôle important dans la production de la viande bovine au Cameroun.

Partenariat public-privé réussi !

A travers cet héritage ancestral, l’on comprend mieux la logique du gouvernement, à travers le Programme Agropoles, à consolider ces acquis.  L’Etat s’est engagé dans le cadre du PLANUT[1] à réaliser, au profit des éleveurs de l’agropole de production de la viande bovine de Banyo, la construction des infrastructures d’embouche bovine. Il s’agit des étables (22 étables d’une capacité de 50 têtes, 22 autres de 25 têtes), des magasins de stockage d’aliment (22 magasins de 30 m2, 22 autres de 15m2). Concernant les intrants, l’Etat fournira le tourteau de coton (5500 sacs de 60kg), le son de maïs (5200 sacs de 50kg), le son de blé (5200 sacs de 50kg), et, la réalisation des essaies pour s’assumer de la qualité des intrants mis à la disposition des éleveurs. Pour la création des champs fourragers, 3 tracteurs avec attelages sont présents dans les trois pôles de production, à savoir : Banyo centre, Sambo Labo et Mayo Darlé.

Selon le manuel de procédures en vigueur au Programme Agropoles, l’apport de l’Etat ne doit pas excéder 40%. En cela, les éleveurs bénéficiaires sont chargés à leur tour de construire le logement des bergers, les hangars de stockage du foin (22 de 40m2 et 22 de 20m2), les fosses fumières (88), les adductions d’eau pour l’alimentation du bétail. Dans le volet intrants, ils seront chargés d’aménager 303 hectares de champs fourragers avec clôture en fils barbelés, d’acheter 1 650 taurillons d’embouche et 1 188 kg de sel de cuisine ainsi que leur suivi vétérinaire.

À terme, l’agropole ambitionne porter la production annuelle de 1 650 têtes à 4 950 têtes de bovin par cycles de trois mois ; ce qui correspond à 19 800 bœufs.

Cette décision gouvernementale s’appuie sur le fait que : « Sur les derniers rapports au niveau régional en matière de production bovine, le Mayo Banyo a toujours été le n°1; que ce soit en production  de vache laitière qu’en bovin viande. A titre d’illustration, autrefois, les vaches laitières venaient du Nord-Ouest pour ravitailler les autres départements de l’Adamaoua, depuis deux ans, les reproducteurs partent au contraire du Mayo Banyo. Une augmentation de la production de la viande bovine va agir directement sur le panier de la ménagère en baissant le prix du kilogramme de viande. Les producteurs de lait vont voir leurs productions augmenter au profit des vendeuses qui sont sans emplois. Celles-ci seront capables désormais de contribuer aux charges de la famille notamment la scolarisation des enfants. La transformation est prévue ; pour le moment, les producteurs se contentent de la production du lait caillé. » (Délégation Départementale MINEPIA Mayo Banyo).

Changement de paradigme

La vie d’un berger n’est pas luxueuse. En principe, il vit avec les animaux, en brousse, dans une hutte de fortune construite avec des branchages, du feuillage et des herbes. Il ne peut construire en matériaux durables, car il est appelé à déplacer son logement pour aller en transhumance. Ça, c’était avant ! Avec le projet d’agropole viande bovine de Banyo, plus besoin d’aller en transhumance, chaque pôle de production est tenu de mettre en place un champ fourrager de Brachiaria brizantha et des magasins de stockage d’aliments et de foin. Ceci permettra de maintenir les animaux en tabulation. Cette stabilité a conduit l’Etat à travers le Programme Agropoles, à exiger la construction de la maison des bergers en matériaux définitifs. Aujourd’hui, « les bergers sont bien logés et leurs enfants partent même à l’école », déclaration de Monsieur Garba, responsable d’un pôle de production.

Les bergers ne sont pas les seuls à bénéficier des retombés de ce projet, même les chefs de pôles de production miroitent déjà le changement dans leur quotidien. Monsieur Bachirou, Président des éleveurs du département du Mayo Banyo envisage déménager pour se rapprocher de son élevage parce que dit-il : « Nous sommes les premiers bénéficiaires du projet. Parce que si le Programme n’existait pas, tous les investissements que nous avons faits de nos propres moyens, nous n’aurions pas fait. De plus, il y’a de l’eau, il y’a les vaches laitières, il y’a l’embouche bovine, il y’a les poulets. Tu dors en ville, tu cherches quoi là-bas. Tu dois être là pour surveiller tes biens et tu dois aussi vivre dans le confort. Et si toi tu es en ville et que le berger vit dans le confort là-bas, qui est le perdant ? Cette année je vais construire ma maison pour y vivre afin de profiter de l’air pur ». De plus, « avec 50 animaux surplace, on achète encore le gaz ? Je vais acheter le bio-digesteur qui me permettra de produire le biogaz. Il sera utilisé en cuisine et même pour fournir l’énergie électrique, puisqu’aujourd’hui, il existe des groupes électrogènes à bio-digesteur ».

En dépit du retard accusé dans la construction des étables, une lueur d’espoir se dessine quant ’à la mise en fonction prochaine de plus de 20 étables. Le prestataire chargé de livrer l’aliment pour bétail, Monsieur Tekeu, représentant de l’entreprise Entrebatt/Contrap, rassure : « Aujourd’hui nous sommes à plus de 80% d’acquisition des ingrédients qui entrent dans la composition de la provende. Nous attendons le feu vert de l’administration pour constituer notre stock et livrer. En termes de qualité de la provende à fournir, les produits sont payés mais pas livrés. Une fois que nous aurons le feu vert, nous allons lancer la production. Les produits ont été testés et confirmés selon la demande par le laboratoire de l’Université de Ngaoundéré. On est prêt à refaire le test si la durée pose un problème. »

Les retombées sociales

Les résultats du projet sont déjà visibles : « avant que le projet ne finisse, on engraisse déjà les animaux, on n’attend même pas la fin du projet pour commencer les travaux », Monsieur Bachirou. Mayo Darlé n’est pas en reste. « L’activité évolue normalement malgré le retard de la construction des infrastructures. Les bénéficiaires n’ont pas baissé les bras. Nous avons le cas particulier de Monsieur Amadou Tidjani qui est déjà à 95% de ses réalisations. Un autre aussi, Monsieur Abdou Karimou Dewa qui a réalisé un point de captage d’eau qui alimente sa structure et celle de son aîné Aliou Dewa, sans toutefois oublier certains bénéficiaires tels que Aladji Bakari Adamou et Feu Aladji Baba Amadou qui ont aussi beaucoup évolués dans la réalisation de leur quotte part. En bref, sur les 11 bénéficiaires, 6 peuvent déjà accueillir les dons du gouvernement pour lancer l’activité, les 5 autres aussi ne piétinent pas. S’agissant spécifiquement du Député Abdou Karimou Dewa, il a fait des merveilles non seulement pour sa structure, mais il a aussi alimenté tout le village Mayo Dinga en eau potable. Tout au long du parcours du captage d’eau, il a installé des bornes fontaines qui permettent à tous passants de pouvoir s’abreuver. C’est  un joyau architectural qu’il a réalisé dans le Mayo Darlé.», dixit le Délégué départemental Mayo Darlé.

Texte : SOB PETEPANG Victorine

[1] Plan d’Urgence Triennal pour l’accélération de la croissance économique du Cameroun

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