Le Programme Agropoles embrasse l’embouche bovine

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Le Programme Agropoles qui a démarré ses activités en 2013 peut se targuer d’être parmi les rares Projets orientés vers la production des biens et services, à envergure nationale, jusqu’ici à financement 100% Budget d’Investissement Public. Il n’est pas question dans cet extrait de faire le bilan des actions du Programme ni de porter à l’attention de l’opinion les actions d’éclat du Programme, mais de faire connaître au grand public que les actions du  Programme obéissent aux Hautes Directives du Pilote qui a parlé d’engager le pays dans une  « Révolution Agricole ». Parler de révolution signifie, rompre avec les méthodes archaïques du passé, embrasser de nouveaux paradigmes plus à même de répondre au contexte d’une société en pleine mutation avec sensiblement 55 % des besoins alimentaires en provenance des agglomérations urbaines.

Après les succès engrangés au titre de la production des œufs de table, le réveil insufflé à la pisciculture dans la quasi-totalité de la zone forestière et les appuis multiformes à la production de la viande porcine, la mise au premier plan du poivre, le Programme Agropoles a attaqué il y a un peu plus de deux ans aujourd’hui, la culture du manioc dans la Région de l’Est. De ce côté, la moisson à la première année a été si abondante qu’il a manque les ouvriers pour récolter. Les voies de circulation sont venues compliquer la donne avec un minimum de 4 heures en 4×4 pour franchir les 90km qui séparent Batouri de Bertoua. Ayant constaté que les besoins en ce féculent allaient croissant avec le bâton de manioc, autre curiosité nationale au même titre que le « Ndolé », franchit régulièrement le cap de 100F l’unité, le Programme a démarré un accompagnement des femmes Bebend de l’Arrondissement d’Atok dans le Haut Nyong, à l’effet de rapprocher la production des centres de consommation.

Récemment, le petit écran si nous omettons de parler à nouveau du soja de SOPROICAM, a montré que les agropoles bouclent les chaînes de valeur agropastorale avec la mise en route par le Chef du Gouvernement, sous le très haut patronage du Chef de l’Etat, de l’usine ultramoderne de broyage de la fève de cacao de Kékem.

Les encouragements reçus de la hiérarchie ministérielle et les messages de soutien des compatriotes de la diaspora constituent pour le Programme, un leitmotiv pour chaque jour, rechercher les niches qui pourraient apporter des devises au pays ou encore, les spéculations sur lesquelles un petit coup de pouce aux exploitants, pourrait donner lieu à une explosion du secteur et freiner l’érosion des devises par des importations massives des denrées dont la culture ou l’élevage est du reste possible sur le terroir.

Nous ne cesserons de le répéter, le Cameroun avec un climat tropical humide soit avec une saison pluvieuse de plusieurs mois dans l’année, soit avec deux saisons pluvieuses bien marquées, est une terre de prédilection pour les activités agropastorales, mieux un paradis en la matière.

Le Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, prenant acte du fait qu’il dispose d’un instrument d’appui aux administrations sectorielles de promotion des chaines de valeurs agropastorales, a accordé au Programme Agropoles, la possibilité de figurer parmi les entités appelées à exécuter le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance Economique (PLANUT). A ce titre, le Programme a présenté au guichet de financement, trois projets dans la région de l’Adamaoua qui ont tous été validés ; il s’agit du développement de la culture du maïs dans l’Arrondissement de Bankim, nous y reviendrons très prochainement, mais surtout, deux projets d’embouche bovine dans les départements du Mayo Banyo et du Mbéré.

En fait qu’entend-on par embouche ?

Le terme embouche qui s’applique plus aux gros ruminants (bovins), s’entend engraissement du bétail sur prairie.

Facteurs militant pour l’embouche bovine et avantages et impacts attendus

Facteurs militant pour l’embouche bovine

La Région de l’Adamaoua est connue de tous comme celle à vocation d’élevage des petits et surtout des grands ruminants ; les productions végétales y connaissent un réel essor. Nous citerons sans être exhaustif, le manioc du Mbéré, le maïs et la patate douce de la Vina, l’igname de Meiganga ou de l’autre versant de la falaise à Mbé et Nganha. SOPROICAM, un des partenaires du Programme Agropoles dans cette dernière localité a trouvé des terres hautement fertiles au point de ne plus importer la graine qui alimente son usine d’extraction d’huile de soja basée à Douala.

Pour revenir à l’embouche bovine, le Programme a noté que les populations Baya de la région de l’Est, région acquise à la transhumance lorsque l’herbe devenait rare dans l’Adamaoua, s’intéressent à l’élevage bovin comme les autres Baya du Mbéré. La sédentarisation des éleveurs nomades Bororos est une réalité dans la région, alors que par ailleurs, les populations de refugiés s’adonnent à l’agriculture sur de vastes espaces tant dans le Lom et Ndjerem et la Kadey.

S’agissant de la Région de l’Adamaoua, une certaine insécurité loin des axes routiers, un nombre croissant d’éleveurs dont certains en provenance du Nigéria, l’entrée dans la profession des populations Baya autrefois acquises uniquement à l’agriculture.

Dans l’un et l’autre cas, les étendues de savanes que l’on croyait énormes, se rétrécissent. En combinant les phénomènes vécus dans les deux régions dont une servait à nourrir les bêtes en transhumance durant la saison sèche.

Le Programme Agropoles, venant en appui au MINEPIA, a pensé qu’il conviendrait de reconsidérer le mode d’élevage actuel, essentiellement extensif en adoptant un système intensif d’élevage en claustration avec des apports savamment étudiés d’aliments, d’eau et de soins ; d’où l’approche embouche. La prairie ici est représentée par les étendues de fourrage qui y seront développées.

Avantages et impacts de l’embouche dans les deux localités

  • la rationalisation de la gestion du cheptel par la production d’une viande de qualité meilleure et identique, susceptible d’être mise sur le marché à tout moment de l’année ;
  • une meilleure gestion du terroir donnant lieu à l’établissement de plus en plus d’éleveurs et d’agriculteurs sur un espace réduit ;
  • la diminution de la pression du cheptel bovin sur les pâturages naturels, donnant lieu à la reconstruction du couvert végétal à travers la réduction des feux de brousse autrement nécessaires, selon les éleveurs, à la pousse de l’herbe fraîche (impact environnemental) ;
  • la promotion de l’agro-industrie locale par le renforcement de l’approvisionnement de l’abattoir industriel de Ngaoundéré de 250 têtes de bétail par jour, construit par le Ministère en charge de l’Elevage ;
  • la facilité dans l’administration des soins préventifs et curatifs car les animaux sont dans un enclos et non en divagation ;
  • la lutte contre le chômage par la création d’emplois décents, le berger gagnant le statut de fermier. Ses enfants libérés de certaines tâches, peuvent désormais aller à l’école ;
  • la création d’une nouvelle fonction, celle de producteurs du foin ;
  • la réduction des conflits éleveurs/agriculteurs à travers la limitation de la divagation des animaux ;
  • les tracteurs fournis serviront également à donner un essor aux productions végétales, alors que la bouse de  vache va servir à fertiliser les champs de cultures vivrières et dans l’avenir, à produire du gaz domestique.

Etat du Projet dans les départements du Mbéré et du Mayo Banyo

Activités à entreprendre par les parties prenantes

L’embouche nous l’avons dit signifie un système d’élevage intensif pratiqué sur des taurions ou des animaux maigres, en stabulation, visant leur engraissement en un temps relativement court (3 à 4 mois).

Le  Programme Agropoles entend accompagner les éleveurs des deux départements dans les activités ci-après pour rendre ce type d’élevage possible :

  • la construction d’environ 120 étables de 25 et 50 têtes (hangars dans lesquels les animaux sont regroupés pour leur éviter d’inutiles déplacements) ;
  • la construction de 120 magasins de 15 ou 25 m2 qui servent à conserver les intrants (tourteaux, son de maïs et de blé, son de riz, sel, etc.
  • l’offre des tracteurs à l’effet de booster la culture du fourrage. Des espèces de plantes ont de ce fait été identifiées par la Recherche Agronomique et testées par le Ministère de l’Elevage. Deux et trois tracteurs équipés ont ainsi gracieusement été mis à la disposition respectivement des éleveurs membres des Agropoles de Meiganga et de Mayo Banyo ;
  • l’acquisition de milliers de tonnes de sons de maïs et de blé, du tourteau de coton également, une fois la construction des magasins achevée.

En retour, les éleveurs ont été invités à :

  • améliorer l’habitat précaire des bergers et à revoir à la hausse, leur rémunération ;
  • assurer les soins aux bergers ;
  • construire des hangars qui serviront au stockage du foin ;
  • construire et équiper les points d’eau pour l’alimentation continue des animaux et des bergers ;
  • mettre en place les champs fourragers, les minimas étant de 5 ha pour les étables de 25 têtes et 10 ha pour les bénéficiaires des étables de 50 têtes, par cycle de quatre (4) mois ;
  • être prêts à apporter eux-mêmes les jeunes taureaux qui seront mis à l’engraissement.

Le résultat attendu c’est plus de 12 500 animaux qui y seront annuellement élevés, pour un rendement de plus de 3 500 tonnes de viande.

Etat de mise en œuvre du projet.

Il conviendrait de relever que ces deux projets servent de test avant leur duplication dans d’autres zones d’élevage encore que, l’élevage des gros ruminants ainsi revu et corrigé, sera rendu possible sur l’étendue du territoire.

Des marchés ont été passés dans le cadre du Plan d’Urgence Triennal (PLANUT) et des entreprises retenues pour les différentes constructions et la fourniture des intrants, son et tourteaux notamment. Les travaux de constructions des étables et des magasins sont en cours, mais connaissent quelques fois de fréquents arrêts. La préparation des terrains pour la mise en place des champs fourragers est entamée, quelques uns sont déjà opérationnels et des tests d’engraissement ont été opérés dans les deux départements, à la grande satisfaction de ceux qui s’y sont essayés. Quelques photos peuvent illustrer les résultats obtenus, avec des taureaux dodus au mois d’avril, fin de la pleine saison sèche, encore que les ventes sont quasiment achevées qui ont permis de gagner gros en saison sèche où la bonne viande se fait rare.

L’habitat des bergers est nettement amélioré ; ceux-ci en sont infiniment reconnaissants au Programme qui les sort peu à peu des huttes entièrement (murs et toits) en chaume, à des habitats en semi ou totalement en dur.

Certains éleveurs quelques fois avec l’appui d’autres sources de financement en sont au photovoltaïque (solaire) pour rendre l’eau disponible à profusion (photos disponibles).

Collaboration

Le Programme Agropoles n’est pas un département ministériel, il est une entité opérationnelle avec son ancrage institutionnel au Ministère en charge de l’Economie, venant en appui aux administrations sectorielles en charge de l’Agriculture, de l’Elevage, de l’Industrie et du commerce. Autant pour la formation des conducteurs de tracteurs et autres engins agricoles, il coopère avec le CENEEMA et l’EPAB (Chambre d’Agriculture), autant dans le cadre de l’embouche bovine, il entend coopérer avec la Société de Développement de l’Elevage (SODEPA). Il est attendu de celle-ci, la mise à disposition des jeunes bêtes à haut rendement en viande.

Difficultés

Une entreprise de cette nature ne saurait aller sans quelques difficultés du reste pas insurmontables :

  • les résistances dans le milieu où l’élevage extensif est fortement ancré, milieu dans lequel ceux qui ne bénéficient pour le moment, pas de l’accompagnement de l’Etat posent des actes au quotidien pouvant décourager les autres. Nous pourrions citer dans ce registre les attaques des bergers et enlèvements des éleveurs, l’interdiction de prélever les agrégats nécessaires aux constructions ;
  • le paiement tardif des décomptes du fait entre autres, de la complexité et la longueur du circuit de paiement;
  • le comportement peu citoyen de certaines entreprises adjudicataires des travaux ;
  • les intrants, bien que disponibles ne peuvent être livrés du fait des retards pris dans les constructions.

En définitive, avec l’appui de l’Autorité administrative locale, des efforts sont en cours qui donneraient un visage plus avenant à ce projet. C’est à ce titre que le Programme en appelle à la conscience de tous, notamment celles des entreprises locales adjudicataires des marchés, au patriotisme reconnu, pour qu’elles s’investissent dans leur plénitude en vue de la réussite de ce test.  En perspective, le Programme entend étendre ces agropoles à l’ensemble des deux départements avant de s’attaquer à d’autres sollicitations du genre à son niveau.

                                                                                          Par  NGO’O BITOMO Adrian

Officier de l’ordre National de la Valeur

Coordonnateur National du Programme Agropoles

Quelques images des réalisations des agropoles bovins de Banyo et Meiganga

 

 

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