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Développement 

Raymond DIFFO: L’homme aux pépites de soja

A travers sa structure Soproïcam, le promoteur de l’agropole soja de Mokolo revient sur son parcours. Partir de rien pour une success story, c’est possible.

Pour parler de notre vie professionnelle, nous avons démarré par une aventure industrielle à Bonassama, qui était destinée au raffinage de l’huile de palme brute. Par la suite, l’unité de savonnerie, parce qu’il y’avait des dérivés du raffinage comme la stéarine… qui sont destinés à la savonnerie. Chemin faisant, la crise alimentaire de 2008 n’avait pas permis que notre projet prospère, compte tenu de l’affluence des importations des huiles beaucoup plus raffinées. Donc, le projet a été quelque peu buté face à ce problème d’importation envahissante de l’huile raffinée en provenance d’Asie.

Le déclic et le hic

Lors d’une mission économique au Benin, nous avons constaté que là-bas, la filière soja était très développée, cela a attiré notre attention. Nous nous sommes tournés vers cette filière où nous pourrions maîtriser la production contrairement à l’activité première. C’est ainsi que nous avons recherché des zones où on pouvait cultiver du soja et, on s’est rendu compte que dans tout le Cameroun, on pouvait le faire. Malheureusement, dans les zones d’humidité, il se posait un problème parce que le soja doit être bien sec et, à l’Ouest, au centre et au Sud, ce n’était pas évident. Il fallait à ce moment-là mettre un autre équipement séchoir, ça n’a pas été facile. En continuant la prospection dans le grand Nord, on a constaté que la zone de Mayo Tsanaga était plus appropriée et bénéficiait déjà d’une expérience acquise auprès d’un prêtre canadien qui a développé la culture du soja pour l’alimentation humaine compte tenu de l’extrême pauvreté qui sévissait dans le Nord.

De la conception à la production

Voilà comment, on tombe dans le Mayo Tsanaga, la production était minable, 1200 à 1500 tonnes l’an. Grâce au Programme Agropoles, depuis le 14 juillet 2013, son lancement s’est fait à Mogodé sur les montagnes du Mayo Tsanaga. Ce lancement nous a permis de développer de façon suffisante, la culture du soja dans cette zone. C’est la référence du Programme Agropoles à l’Extrême-nord, parce que cette zone est complètement transformée aujourd’hui grâce à la culture du soja. C’est un produit qu’on achète en cash, c’est du « Cash and Carry ».

Le Programme Agropoles un soutien, malgré les difficultés

Au fil du temps, nous avons connu des obstacles certes, mais le Programme Agropoles a soutenu les paysans de tout le septentrion. D’abord, à Mogodé, avec des subventions liées à la culture du soja auprès de paysans. Ce qui a contribué à booster leur production, à travers la fourniture des engrais, des herbicides et du labour. Nous avons eu des difficultés dès le départ dans ce projet. A peine démarré, la première récolte est bloquée par les exactions de Boko Haram. L’idée nous est venue d’immigrer vers l’Adamaoua et le Mayo Rey où nous découvrons un grand bassin de culture de soja.

Beaucoup de paysans qui avaient déjà l’habitude de ce type de culture, puisqu’ils font dans le haricot, se sont engagés à travailler avec nous. Grâce à un avenant au cahier de charges, ces paysans ont bénéficié de l’appui du Programme. Depuis 2016, la production parle d’ellemême. Malheureusement, la grippe aviaire tombe, nous sommes une fois de plus bloqués. 2017, 2018, nous sommes encore dans cette tourmente. C’était la deuxième difficulté. La troisième a été les importations. En 2002, le gouvernement avait accordé des facilités d’importation pour booster l’élevage au Cameroun, à travers la réduction du taux de douanes. En son temps, cet acte était justifié. Depuis 2013, ces mesures sont restées alors que sur le terrain, il y’avait déjà une solution de rechange. Des difficultés majeures qui auraient pu déstabiliser notre activité.

Evolution de la production du soja grain par l’agropole soja de Mokolo

Evolution de la production du soja grain par l’agropole soja de Mokolo

Les résultats aujourd’hui

Ce qui est à retenir c’est que notre projet a permis d’enrôler plus de 16 000 paysans « sojaculteurs » au Cameroun, pour une production totale de 25 000 tonnes l’an, depuis au moins 4 ans. Avec un flux financier de plus de 5 milliards de FCFA qui entrent directement dans les mains des paysans de tout le septentrion. La part de Soproicam dans tout ça se situe autour de 2 à 3 milliards maximum, du fait des difficultés sus-évoquées. Nous avons à ce jour, une capacité de transformation de 25000 tonnes. Mais, nous ne pouvons à ce jour faire que 10 000 à 12 000 tonnes, à cause des difficultés telles que : Boko Haram, grippe aviaire, les importations, etc.

Rétrospective

Quand on fait une analyse, nous constatons qu’au terme des 5 ans que nous avons travaillé, nous avons fait un chiffre d’affaire de plus de 21 milliards, soit environ 4 milliards tous les ans. Chaque année, Soproïcam contribue à l’amélioration de l’équilibre de la balance commerciale, pour un objectif de 14 à 15 milliards l’an. Or, les importations de tourteau de soja sont de 12 milliards l’an, et en 2018, au moment où la grippe aviaire est entrain de baisser, on a importé pour 14 milliards, ce qui est énorme.

Notre objectif étant d’éradiquer les importations de tourteau de soja. Ce qui est aussi important, c’est qu’à travers l’appui du Programme Agropoles, nous avons pu stabiliser le prix de tourteau de soja. A notre arrivée en 2014, le sac coûtait entre 23 000 et 25 000 FCFA. Aujourd’hui, il oscille entre 14 000 et 15 500 FCFA.

Une vision sociale

Dans l’Adamaoua et le Mayo Rey, les jeunes ont compris. Ils sont dans l’agriculture, ça paye, l’argent est dans la terre et quand je parle de 16 000 paysans, ce sont les familles avec tous ces jeuneslà. Les jeunes doivent s’orienter dans l’agriculture. Mais, c’est pénible. C’est la pénibilité qui repousse et qui décourage les jeunes dans ce domaine. Que faire ? C’est aussi simple, quand nous nous installons à Awa, sur 2000 hectares, le gouvernement aménage. Nous avons 1000 hectares aménagés, il y’a l’appui du gouvernement.

Parce l’aménagement d’un hectare coûte au moins 5 à 10 millions de Fcfa l’Etat doit jouer son rôle. Supposons que vous trouvez les moyens pour aménager, l’exploitation, vous la faites avec quoi ? Il ne suffit pas d’aménager, il faut exploiter. Vous voulez qu’un jeune aille trouver les moyens où pour dessoucher. Le grand Nord est beaucoup plus facile, avec les terres beaucoup plus plates. Avec la charrue, ça fait la semi mécanisation.

Le seul fait qu’on puisse mettre des jeunes dans des zones économiques aménagées, donner des objectifs, les encadrer, permettra que ces jeunes s’épanouissent. L’expertise, nous l’avons aujourd’hui. L’argent est dans la terre, trouvons les moyens de les appuyer et à chaque région, on voit la spéculation qui passe, on appuie les jeunes, ça sera rentable. Si on fait la micro mécanisation, la rentabilité sera au rendez-vous. “

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